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Full text of "Réponse du pape aux évêques de l'Assemblée-nationale, sur l'organisation civile du clergé"

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REPONSE 

DU PAPE, 

AUX 

É V Ê Q U E S 

DE L'ASSEMBLÉE-NATIONALE, 
sur l'organisation civile du clergé. 



nu 

po.//<? 



179 




LETTRE DE PIE VI, 

Adreffée aux Archevêques & Éveques de France. 

A NOS VÉNÉRABLES FRÈRES ET CHERS FlLS 
Les Archevêques & Éveques de France , 
PIE VI, PAPE. 



N 



O S Vénérables Frères & chers Fils , 
SALUT & Béncdiction Apoflolique , &c. 

Sur la demande qui nous a été faite par 
notre cher Fils le Roi Très - Chrétien , à 
l'effet de donner notre aiïentiment à la Conf- 
titution civile du Clergé de France, décrétée 
par l'AfTemblée-Nationaîe , & d'après les ob- 
fervations que vous nous avez adrefîees fur 
cet objet , Nous avons afTemblé le facré Col- 
lège pour nous environner de l'efprit des 
faints Canons *, bien plus , defirant éclairer une 
affaire aufïï importante des rayons de la fainte 
vérité , nous avons convoque une AiTemblée 
des plus profonds Théologiens , pour les con- 
fulter & prendre leurs avis. 

A i 



S 4 } 

Ces Savans & dignes Perfonnages ont ré- 
pondu à notre confiance avec le plus grand 
zèle ; les livres feints , les autorités les plus 
facrées ont été confultces tour-à-tour : d'après 
le travail le plis ardent , ils ont unanimement 
rendu hommage aux principes facrés & éter- 
nels de l'Eglife chrétienne ; Rome & PËgïiJfe 
ont parlé , & voici leurs paroles : 

« Jclus - Chrift eft Pauteur & le chef de 
l'Eglife; il eft le princi; e & la nu des pou- 
voirs de l'autorité qu'elle exerce , & des grâces 
dont elle jouit. 

Il exifte un intervale entre le Sacerdoce &: 
l'Empire ; Dieu lui - même pofa les bornes 
qui féparent ces deux PuilTances , & mutuel- 
lement elles doivent les refpeâer ; refufer 
d'admettre ces principes ? feroit fecouer le 
joug de la foi- 

Quant aux conféquences Se aux applications , 
les opinions fe font partagées -, les uns ont 
penfé que nulle PuifTance fur la terre , pour 
quelques motifs que ce fut, èc dans aucune 
circonstance quelconque , ne pouvoit introduire 
lé moindre changement dans le régime ec- 
cléiraftique , & attenter aux droits de fon hiérar- 
chie , fans fouler aux pieds les dogmes facrés 



( 1 ) 

dîi -.Catholicifme , & fe rendre coupables du 
crime de lèze-rrnjeftc divine. 

Que l'organifation civile du Cierge de France, 
décrétée par TAfTemblée - Nationale , ne peut 
être cenfidûée que comme un (impie projet 
d'amélioration, & non comme un acte légal. 

Que les Prêtres qui adopteroient une telle 
innovation , fercrient rebelles à l'autorité fpi- 
rituelle de l'Eglife , & joindroient le parjure 
au fchifme. 

L'autre opinion a été que la puifTance ci- 
vile peut , fans aucun doute , faire des loix , 
pour réclamer l'exécution des anciens Canons 
de l'Eglife ; mais qu'une légiflation nouvelle 
dans le Gouvernement eeelefiaftique , ne pou- 
voit s'établir fi PEglife ne l'acceptoit , & ne 
la confacroit par fon autorité ; qu'un Concile 
Cîallican pouvoit feul émettre un vœu parfai- 
tement légal , & aflurer les fondemer.s de la 
Conflitution du Clergé de France : que telle 
a été la marche qui a été fuivje .dès les pre- 
miers Çècles de l'Eglife Gallicane. 

Les Théologiens qui ont manifefté cette 
opinion , avoient déjà reconnu la nécelTité 
d'une réformation dans le Cle*gé de France 



( 6 ) 

& ils ont ou voir , dans la nouvelle Conf- 
titution civile du Clergé , un retour au véri- 
table efprit de l'Evangile , & le triomphe des 
beaux jours du Chriftianifme , dont le laps 
des temps & les pallions humaines , avoient 
obfcurci la fcrénité \ que les fidèles deman- 
doient depuis long-temps cette reftau ration , 
& que Phiftoire de PEglife démontroit qu'elle 
avoit toujours été éludée. 

Que PAfTemblée - Nationale avoit voulu 
donner, par fes décrets, une forte d'appui 
aux premiers Canons ; que fon but évident 
étoit de ramener la religion & les mœurs à 
la pureté de l'Evangile *, qu'elle avoit defiré 
opérer ce que PEglife Gallicane n'avoit jamais 
effe&ué } ce que les Conciles avoient infrue- 
tueufement tenté , & enfin ce que les Pères 
de PEglife n'avoient cefTé de defirer , en 
déplorant la décadence de la difcipline. 

Que les principes de juftice & de vérité , 
annoncés par cette AfTemblée légiflative , ne 
permettoient pas de douter de la pureté de 
fes intentions ; que les fufpeder , afîimiler les 
Repréfentans du Peuple François, à des fec» 
taires, c'étoit tout- à- la-fois outrager la ma- 



(7) 

jefté d'une grande Nation , & celle de foa 
Roi. Que fi une erreur des formes fpîrkxcelles 
avoît pu allarmer les eonfeiences timorées, il 
étoit du devoir du Sacerdoce François de mo- 
dérer leur follicitude , & d'arrêter la défiance. 
Ces mêmes Docteurs ont penfé que Dieu feul 
avoit le pouvoir de lire dans le cœur des 
mortels , & que Phomme ne pouvoit pas pré» 
juger la volonté de l'homme. 

D'après ces différentes opinions , que nous 
avons pefées mûrement 7 & profondément mé- 
ditées , nous vous prévenons , Vendables 
Frères & chers Fils , qu'après avoir imV 
ploré , par des ferventes prières , les lumières 
céleftes , & la protection du Seigneur , nous 
allons mettre , a exécution , le deffein formé 
depuis long - temps , de convoquer un Con- 
cile , pour donner à la Conftitution nouvelle 
du Clergé Gallican , la fanâion fpirituelle de 
PEglife. 

Cependant vous devez confidérer que notr» 



( 3 ) 

faînte Religion impofe a Tes 'Mfniftres Pobli^ 
gation d'être fournis aux pniiTasces temporelles. 
L'amour de la Patrie fait partie du grand 
précepte de la charité, dont La pratique nous 
efl recommandée par Jéfus-Chnd , comme le 
caractère propre de fon Evang : ie. 

Pénétré de ces ar.guftes vérités , Nous vous 
exhortons, Vénérables^ Frètes &■ cïIérs 
FlLS , a PobçifTance aux Décrets tempbrek :, 
en attendant que PEglife aiTemblée , ait dé- 
finitivement prononcé. 

DONNÉ à Rome , à Sainte - Mari» - Majeure , 
fous PAnneau du Pêcheur , le deuxième jour 
de 1 'an 179 1 5 ^ ^ notre Pontificat la quîn» 
zième. 



Signé , &:c.